La route Ternoise
Les pièces... Les livres

Acte 2 Pourquoi une pièce impertinente et amour








La libraire, assise derrière sa table, lit ; Nadine, devant son stand, essaye de le rendre plus attractif par des permutations de livres. On sentira qu’elles ont bien profité de l’apéritif. Arrive Stéphane, visiblement contrarié.


La libraire : - Je vous ai emprunté un livre. Pour patienter. Il faut croire que les gens ont d’autres préoccupations que de venir nous voir.
Stéphane, sec : - Ça ne peut pas vous faire de mal !
Nadine, manifestement pour éviter les tensions : - Les gens ne lisent plus. Et les derniers qui lisent, n’ont plus les moyens d’acheter des livres, alors ils les empruntent à la bibliothèque.
La libraire : - Si vous voulez, je vous le repose immédiatement.
Stéphane : - Le mal ou le bien est déjà fait !
Nadine : - Ne t’énerve pas, Stéphane.
Stéphane : - Tout le monde sait que les libraires n’achètent jamais de livres !
La libraire : - Si vous considérez que de l’avoir touché va vous empêcher de le vendre, je vous le paierai.
Stéphane : - Restez dans votre optique de l’emprunt, ça m’évitera de vous le dédicacer.
Nadine : - Je vais t’en acheter un, Stéphane. Tu te souviens, lors de notre première rencontre, je t’avais acheté ton premier roman et comme tu ne m’avais pas acheté le mien, je n’ai pas continué.
Stéphane : - Mais tu te demandes bien quelle dédicace je vais te pondre !
Nadine : - Tu me promets une superbe dédicace ?
Stéphane : - Puisque c’est toi et puisque c’est moi !
La libraire : - Moi aussi, finalement, je vais dépenser les bénéfices de ma journée !
Stéphane : - Ah non ! Pas vous !
Nadine : - T’es à cran ! Je croyais te voir revenir plus... gai (en souriant, fière du rapprochement gay / lesbienne que personne ne saisira). Tu m’as l’air soucieux (aucune réponse). Ça me fera une dédicace acidulée.
Stéphane : - Franchement, tu ne vas pas t’y mettre aussi, à ces conneries de dédicaces.
Nadine : - Tu devines que monsieur le Conseiller Général a vivement regretté ton absence.
Stéphane : - Alors c’est toi qui as eu l’idée de Patricia Kaas, l’organisatrice m’a raconté. Et ces couillons ont tout gobé ! Les gens croient vraiment n’importe quoi, et plus c’est rocambolesque mieux ça passe. Ça me rappelle les magouilles de ma jeunesse. Comme si Patricia Kaas serait venue dans leur trou à blaireaux pour discuter de son prochain album !
Nadine : - Tu es bien venu toi !
Stéphane : - Tu vas l’avoir ta dédicace !
La libraire : - Je vous l’achète malgré vos propos, malgré la faute d’orthographe page 38.
Stéphane, se retournant vers elle : - Sachez qu’une correctrice professionnelle revoit mes écrits avant publication. Et s’il reste vraiment une faute, c’est sûrement cent fois moins que dans la soupe que vendez, madame !
La libraire : - Je vends de la soupe, oui ! Eh alors ! C’est mon job, monsieur. Vous avez peut-être plus de tolérance pour les péronnelles fonctionnaires.
Nadine : - Finalement, c’est moi qui devrais être à la table d’honneur. Je ne m’absente jamais et je tiens parfaitement les apéritifs et le vin rouge.
Stéphane : - Oui, je crois que je vais te laisser ma place. Ça doit être mon point commun avec Jacques Brel, je n’y comprendrai jamais rien aux femmes.
Nadine : - Si seulement sur terre quelqu’un y comprenait quelque chose !
Stéphane : - Tu t’es mise à Kierkegaard ?
Nadine : - Non, c’est un constat personnel.
Stéphane : - Alors je te conseille Kierkegaard ! Ou Sartre, c’est plus simple.
Nadine : - Tu en as eu d’autres, des histoires d’amour impossibles.
Stéphane : - Pourquoi tu dis impossible ?
Nadine : - Il suffit de comparer ta tête au moment où tu es sorti et celle trois heures plus tard.
Stéphane : - C’était une mauvaise idée de venir ici !
Nadine : - Mais tu n’en as pas trouvé d’autre !
Stéphane : - Tu devrais te reconvertir psychanalyste.
Nadine : - Si tu lisais mes livres, tu t’apercevrais qu’une analyse psychologique soutient l’action et je suis sûrement la seule en France à maîtriser la narration à ce point.
Stéphane : - Mais la psychologie n’aide peut-être pas dans la vie !
La libraire : - Alors, ma dédicace ?
Stéphane : - Je ne vais quand même pas lui faire de la pub en déposant plainte pour harcèlement livresque !

La libraire semble vexée... et finalement démonte son chignon, pose ses lunettes, se transforme littéralement en magnifique femme brune.

Nadine : - Tu devrais te retourner et tu ne vas pas en croire tes yeux !
Stéphane : - Elle s’est volatilisée ! (Stéphane se retourne en souriant... il reste abasourdi puis :) Vous êtes enfin la remplaçante.
La libraire, en souriant : - Finalement, comme votre personnage, vous restez très sensible aux apparences.
Stéphane : - J’ai cru au miracle quelques secondes. Mais c’était une illusion. Vous êtes vraiment libraire.
La libraire : - En tout cas, si j’étais votre correctrice, quand il est écrit « pain béni », béni « i », j’ajouterais un « T », ne confondant pas un adjectif avec un participe passé.
Stéphane : - Et vous croyez être embauchée pour un T ?
La libraire : - Peut-être que si vous nous offriez un thé, l’après-midi se passerait mieux. Je n’irai peut-être pas, quand même, jusqu’à vous corriger gracieusement votre prochain manuscrit !
Stéphane : - Une libraire disposée à travailler bénévolement, au service de la littérature, je n’y crois pas !
Nadine : - Il n’y a qu’à toi qu’on fait de telles propositions. Moi j’offrirais même des petits biscuits avec le thé.

La libraire sourit et Stéphane la fixe, s’aperçoit qu’elle est vraiment très belle.

Stéphane : - Pourquoi être libraire alors que vous savez sourire ?
La libraire : - J’échangerais bien ma place contre la vôtre ! Vous savez encore ce que c’est, la vraie vie, celle où il faut travailler pour vivre ?
Stéphane : - Si vous aviez lu mes livres, vous sauriez que je suis passé par la case employé modèle de 20 à 22 ans parce qu’il me fallait travailler, puis cadre presque dynamique avant de dynamiter la direction, chômeur, viré de l’ANPE, rmiste, viré du Rmi par un Conseil Général officiellement de gauche et partenaire de la culture. Mais je préférais vivre de peu que sombrer dans un boulot répétitif, frustrant, stressant ou parasite des créateurs ! J’ai tenu sans subvention, sans soutien, alors vos leçons de vie, gardez-les pour les clients de votre échoppe.
La libraire : - J’ai toujours vu mes parents sourire, recevoir les auteurs avec plaisir, leur offrir le repas le soir quand ils passaient à la librairie, se passionner pour les livres, heureux de conseiller les clients. Et quand ils sont disparus, j’avais le choix entre vendre la librairie pour la remplacer par un McDo ou continuer malgré la véritable haine que certains semblent vouer aux libraires.
Stéphane : - Oh haines ! Oh pourcentages !
La libraire : - Nul besoin d’avoir lu vos livres pour connaître votre parcours. Vos sites et vos interviews suffisent !
Stéphane : - Ainsi vous croyez l’autopromotion sur les sites et le baratin des journalistes !
La libraire : - Je n’ai pas d’autres sources d’informations.
Stéphane : - Si vous me racontez votre vie, je vous raconterai la mienne !
La libraire : - Je ne tiens pas à retrouver ma vie dans votre prochain livre.
Stéphane : - Si nous restons ici, je vais vendre deux livres tandis que si vous me racontez votre vie, j’en écrirai peut-être un ! En plus j’ai faim.
La libraire : - Vous croyez que l’on peut s’emparer de la vie des autres ainsi ? En plus, comme vous le savez, je suis une modeste commerçante qui doit vendre la soupe qui se vend, j’ai une caisse à tenir.
Stéphane : - On va confier notre caisse à Nadine. Comme ça elle réalisera son rêve ! Etre à la table d’honneur et même régner sur les tables voisines ! Si elle nous vend quelques livres, nous lui donnerons sa commission ! Et vous gagnerez peut-être le rôle d’héroïne dans mon prochain roman !
La libraire : - Je me moque bien d’être héroïne ! Je suis une femme normale, même pas déprimée ni schizoïde. Même pas... rien d’autre.
Stéphane : - Et vous croyez peut-être que je vais vous croire sur parole !
La libraire : - Vous êtes quand même un mec bizarre.
Stéphane, en la regardant dans les yeux : - Si vous aviez prononcé cette phrase ce matin ç’aurait été une insulte. Maintenant je la considère autrement.
La libraire : - Vous prenez donc parfois des apparences pour la réalité.
Stéphane : - Parfois, parfois la vie pourrait être vraiment comme dans les romans. On écrit peut-être des romans uniquement pour provoquer la vie, la forcer à s’adapter à nos rêves.
La libraire : - Et ça marche souvent ?
Stéphane : - Non. Mais il suffit d’une fois pour sauver le reste. Et comme vous allez me raconter votre vie, peut-être qu’elle va se transformer, et la mienne aussi !

Stéphane a un geste galant... La libraire hésite... Se lève...

Nadine : - 15 %, c’est mon tarif !
Stéphane en se retournant : - Je t’accorde même 20.
La libraire : - D’accord pour 15... Ça risque de toute manière de ne pas faire grand-chose !

Ils sortent.
Nadine les accompagne du regard, se passe la main droite dans les cheveux, va s’asseoir à la place de Stéphane.

Nadine : - L’enfoiré ! Deux !... Mais qu’est-ce qui lui a pris à la libraire ! Elle a vraiment pas l’habitude de boire ! Et dès qu’un type passe à la télé, les femmes sont folles. Ah ! Si j’avais 20 ans de moins ! (sombre) Ah Nadine ! Il ne te reste plus que la littérature ! Ce serait ma revanche. Si au moins Stéphane m’aidait à être connue ! Et après, après je saurai... Il suffirait d’un seul livre pris !... J’en ai marre de claquer toutes mes économies dans les livres. Certains voyagent, moi je donne l’illusion de publier des livres. Ce serait enfin ma revanche ! Et quelle revanche ! Mais ils sont trop misogynes, jamais ils ne m’éliront à l’Académie Française... Le prix Fémina, ce serait déjà pas mal...


Rideau


suite :
Acte 3 Pourquoi théâtre contemporain avec reboudissement





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