La route Ternoise
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Acte 1 élections présidentielles 1995 Jacques Chicac en théâtre






Le salon bourgeois, vaste, kitsch, dans les appartements privés de monsieur le maire.
Jacques, en peignoir, de dos, arrose une herbe bien verte dans un aquarium, avec une bouteille de champagne.
Entre Bernadette, allure se voulant très distinguée, tenue mondaine.

Bernadette : - Jacques, mon ami, voyons.
Jacques, bien éméché, se retournant : - Ah ! Vous, très chère épouse, (en souriant :) déjà ! Quelle agréable surprise.
Bernadette : - Jacques, du Dom Pérignon !
Jacques : - C’est pour la pelouse.
Bernadette : - Jacques, voyons, pas avec du Dom Pérignon.
Jacques : - Puisque vous n’en prenez pas, pourquoi ne pas en faire profiter cette magnifique pelouse.
Bernadette : - Vous m’expliquerez, un jour, pourquoi vous accordez une telle attention à ces quelques brindilles.
Jacques : - Mais je vous l’ai déjà confié, très chère et bonne épouse, ce gazon, ce sont mes sondages à moi. Il est vert, donc tout va bien, les sondages vont suivre ! Les français reverdissent quand on les arrose.
Bernadette : - Jacques, arrêtez de vous torturer, c’est fini. C’est fini, Jacques, nos rêves.

Jacques se retourne vers l’herbe et verse le reste de la bouteille de champagne.

Bernadette : - Mais ne gâchez pas ainsi le Dom Pérignon !
Jacques : - C’est la troisième bouteille, et à dix heures, réunion.
Bernadette : - Jacques, la cassette de la mairie n’est pas extensible à l’infini. Il serait préférable d’éviter d’ouvrir chaque matin une troisième bouteille de Dom Pérignon. Même une deuxième.
Jacques : - Et mes plantations ? Je vous rappelle avoir déjà arrêté la cigarette !
Bernadette, didactique : - Le temps des économies est venu Jacques, vous le savez bien. Remplacer trois paquets de cigarettes par trois bouteilles de Dom Pérignon, Jacques, vous exagérez.

Jacques se retourne et mouline des bras (avec sa bouteille de Dom Pérignon dans la main droite).

Bernadette : - Envoyez plutôt une caisse chaque semaine dans notre grotte ! Il est temps de prévoir toutes les hypothèses.
Jacques : - Vous me voyez vivre comme un fuyard !
Bernadette : - La France est tellement surprenante... Et souvenez-vous, Jacques, le matin où vous m’aviez murmuré en souriant (elle sourit à cette évocation).

Jacques de nouveau mouline des bras.

Bernadette : - Vous m’aviez murmuré en souriant, comme vous murmuriez alors parfois : si nous passons une bouteille de Dom Pérignon en note de frais chaque matin, je serai le plus heureux des hommes.
Jacques, se retourne : - Chère épouse, j’étais jeune, vous étiez jeune, nous étions jeunes, je ne me rendais pas compte combien les gens peuvent être couillons, combien le budget municipal permet amplement plus... D’ailleurs il va falloir se servir un bon coup... Tout peut arriver dans ce pays !... Nous sommes d’accord sur ce sujet. C’est pas un carton que je vais envoyer mais un fourgon !... Après les socialistes, pourquoi pas la réincarnation d’un Bourbon ! Après tout, cette ville me doit tout ! Et je vais me faire construire un abri anti atomique !
Bernadette : - Pas en Corrèze quand même ! De tels travaux manqueraient de discrétion.
Jacques : - On leur dira que monsieur le maire pratique des fouilles archéologiques, recherche le patrimoine romain, une trace de Sénèque, et les rumeurs feront pschiiit...
Jacques : - Ne confondez pas tout, Jacques ! Revoyez vos fiches, Sénèque n’est pas un nom romain.
Bernadette : - Détrompez-vous madame. Sénèque fut le précepteur de Néron (on sent qu’il récite), ce même Néron lui ordonna en l’an 65 de se suicider et, stoïque, Sénèque se poignarda. En ce temps-là, on respectait les chefs !
Bernadette, sans transition : - Georges nous vole, j’en suis certaine.
Jacques : - Chère épouse, arrêtez de l’appeler Georges, il va finir par nous quitter, lui aussi !
Bernadette : - N’allez pas dire que vous vous souciez du visage de ces gens.
Jacques : - Mais Georges, qui accepterait qu’on l’appelle Georges !
Bernadette : - Vous le savez bien, cher Jacques, chez père ils s’appelaient tous Georges, les... boys.

Jacques sourit à ce « boys ».

Jacques : - Je n’ai jamais eu à me plaindre de lui ! L’homme le plus discret que je connaisse.
Bernadette : - Georges nous vole. Je prends 4000 francs chaque matin, j’en mets deux au coffre et il ne nous ramène que de la menue monnaie. 2000 francs de dépenses, à qui le ferait-on croire !

Jacques durant cette explication gonfle les joues d’un air « elle me barbe ».

Jacques : - Vous n’allez quand même pas me reprocher ce plaisir, le Dom Pérignon et les pommes sont des bienfaits de la nature comme dirait votre ami l’écolo. Je ne vais quand même pas prendre de la bière au petit-déjeuner ! Du lait au chocolat tant que vous y êtes ! Ou du thé comme ce traître de... De qui vous savez !
Bernadette : - Vous savez bien que le Dom Pérignon n’entre pas dans ses attributions, qu’il passe au budget réceptions de la mairie... Vous voyez Georges sortir chaque matin de chez Fochon avec trois bouteilles de Dom Pérignon... Quelle discrétion !
Jacques : - Vos rimes sont vraiment délicieuses, très chère épouse, vous devriez publier un recueil de poésie.

Bernadette rougit, prend au sérieux cette « boutade »

Bernadette : - Ah Jacques, ça fait si longtemps que vous ne m’aviez fait un tel compliment... Mais Georges nous vole.
Jacques : - Oh madame ! Ne recommencez pas ! Il faut bien accepter quelques pertes ! On ne va quand même pas lui demander de ramener des tickets de caisse alors qu’Antoine fait preuve d’une inspiration débordante pour nous sortir chaque semaine des fausses factures ! Tout le monde nous vole. Tout le monde vole dans ce pays. Vol et magouilles sont les trois mamelles de ce pays ! C’est le drame des valises. Y’a toujours quelqu’un pour les ouvrir au passage et prendre sa petite commission. Tu crois peut-être que Charles est un ange ? Alors pour quelques pièces, vous n’allez pas me les...
Bernadette, couvre sa voix : - Jacques, utilisez des images convenables !...
Jacques : - Vous n’allez quand même pas vous mettre à compter les pièces jaunes.
Bernadette, excédée par cette remarque, lâche : - Ce n’est pas la boîte qu’il vous remet chaque matin qui fait le compte.

Jacques, secoué, assommé, se retourne vers sa pelouse et verse... Mais sa bouteille est vide. Il la pose finalement par terre.

Bernadette : - Je suis une vieille femme qui souffre, Jacques ! Vous me croyez la plus résistante, inoxydable... Mais votre con-duite... Je me sens trahi... Il fallait qu’un jour je vous en parle.
Jacques, en se retournant, très cassant : -
Mais vous espionnez monsieur le maire, madame, et vos conclusions, je suis au regret de vous le déclarer, sont fausses. Sachez, chère épouse, que monsieur le maire a des obligations professionnelles !
Bernadette : - Un jour il vous faudra choisir entre elle et moi.
Jacques, en souriant : - A notre âge, chère épouse, vous n’allez quand même prêter oreille à des... rumeurs.
Bernadette : - Pas ce mot dans votre bouche, Jacques. Vous savez combien un tel mot, avec tout ce qu’il implique, peut me faire souffrir quand il sort de votre bouche. Que Georges nous vole, certes, je suis habituée, tous les Georges sont des voleurs.
Jacques : - Chère épouse, comme en politique, méfiez-vous des généralisations. Tous les italiens sont. Tous les espagnols sont. Tous les corses sont. La France est une et indivisible. Et notre majordome ne s’appelle pas Georges.
Bernadette : - Majordome, majordome... Ni major ni homme (très satisfaite). Et qu’en plus, il vous remette chaque matin votre boîte de 24 derrière mon dos, ce n’est pas convenable... Mais Jacques, qu’en faites-vous, 24, vous n’êtes quand même pas spiderman.
Jacques : - Mais c’est une fixation madame, mais vous devenez psycho-frigide... Psycho-rigide ! Vous connaissez mes obligations et ma générosité. Peut-être qu’un matin vous avez vu Bernard me remettre une boîte de préservatifs, appelez les choses par leur nom.

Bernadette a une grimace de dégoût.

Jacques, très maire en discours : - Mais sachez, madame la première dame de cette honorable et millénaire cité, qu’offrir des condoms à un client, c’est aujourd’hui un cadeau très apprécié.
Bernadette, durant sa respiration : - N’exagérez pas, monsieur le maire.
Jacques, comme s’il n’y avait pas eu d’interruption : - Le responsable invité comprend que monsieur le maire est favorable à une collaboration, qu’il peut tutoyer les secrétaires, qu’il lui suffit de prendre rendez-vous avec Antoine pour les modalités pratiques, surfacturations, commissions, diamants, (souriant :) non, jamais de diamants ! Tout le monde sait que ce ne serait pas... Comment dites-vous ?... Oui convenable ! Votre harcèlement moral me fait fourcher la langue, madame ! Même ici, un jour il me faudra un prompteur !
Bernadette : - Soyez raisonnable, Jacques. Vous n’allez quand même pas me faire croire que ces choses ne sont pas pour votre consommation personnelle.
Jacques : - Pour votre information... Ces choses... Ne se mangent pas !

Jacques s’avance, il titube.

Bernadette : - Jacques, mais vous êtes saoul, mon ami.
Jacques, sourit : - Une douche, et hop !
Bernadette : - Et hop, prenez garde. N’oubliez pas vos... Vos... Machins. J’ai hier soir pris à part notre ami l’éminent scientifique et il m’a affirmé, juré, que l’âge ne protège pas de la terrible maladie.
Jacques : - Qu’imaginez-vous, chère épouse, et hop, c’est le contrat sera signé ce matin ; et ce soir vous verrez la valise, et on fête ça (un pas de danse).
Bernadette : - On... Vous voulez dire, vous et... Et ces secrétaires.
Jacques : - Chère épouse, pas d’insulte, secrétaires, oh !, je ne suis pas un vulgaire patron d’industrie en goguette.
Bernadette, de haut : - Vous savez bien que secrétaire est une rime de roturière.
Jacques, qui regarde sa montre : - Bon, bon, je vous souhaite une agréable journée, chère épouse. Et saluez bien ces dames de vos oeuvres. Embrassez tendrement la gamine... Il va falloir qu’elle se lève à une heure... Oui convenable... Si elle veut me suivre sur les routes sinueuses...

Il sort en envoyant un baiser très théâtral.



Scène 2

Bernadette s’affaisse dans le canapé.

Bernadette, murmure : - Il me trompe, il m’a toujours trompé, il me trompera toujours, et en plus, il ne sera jamais président de la République. Je ne serai jamais madame la première dame de France (elle se prend la tête dans les mains puis se redresse). Quel échec ! Je n’aurais quand même pas pu épouser un socialiste. Quelle horreur, moi, maquillée en socialiste ! Non, je n’aurais jamais tenu... Edouard, Edouard, Edouard... Oui, bien sûr... Mais qui aurait pu croire. Edouard, croire. Y croire avec Edouard. Quel beau slogan je lui aurais écrit. Jacques... Jacques tête à claques. Prendre une claque avec Jacques. (silence) J’aurais dû m’en douter ! Que peut-on espérer quand on s’appelle Jacques ? Tous les Jacques sont des (elle cherche une rime... ) C’est plus facile de rimer « si elle veut me suivre sur les routes »... Pauvre enfant !... Avec son père en déroute... (elle sourit) Mais c’est un alexandrin ! (elle compte sur ses doigts... elle compte deux fois jusqu’à dix et s’exclame, ravie :) Un double alexandrin ! Une alexandrine !

Elle prend un journal, l’ouvre, feuillette. Se prend la tête dans les mains.

Bernadette : - 62% d’opinions favorables ! Le scélérat ! L’usurpateur ! Le menteur ! Le traître ! Le copier ! Le voleur ! L’hypnotiseur !

Elle se cache le visage avec le journal.

Bernadette, murmure : - Il me trompe. Il me trompe. Mais bon, plutôt ça que le suicide ! Il ne s’en remettra jamais mon Jacques. « Bonsoir, monsieur le maire », je le hais, cet Edouard. Edouard cafard. Et si on imprimait des autocollants Edouard Cafard. Tous les enfants répéteraient Edouard cafard, il chute dans les sondages... Mais non, ça ne servirait à rien, le pays ne croit plus en Jacques... Jacques ne croit plus en lui... Je ne crois plus en Jacques... Jacques ne m’a jamais écouté... Tout le monde nous a lâchés, même ce scélérat de petit Nicolas... Même Charles... Non, je n’irai pas aux oeuvres... Bernadette est fatiguée... (Bernadette se redresse et crie) Georges !

Entre Bernard

Bernard : - Madame m’a demandé.
Bernadette : - Dom Pérignon.
Bernard : - Bien madame.

Bernard va vers la pelouse et ramasse la bouteille.

Bernadette : - Non Georges, servez. Servez-moi une bouteille de Dom Pérignon.
Bernard : - Oh madame !... Excusez-moi, madame... C’est sorti tout seul.
Bernadette : - Je sais Georges, vous prenez à mon égard de grandes libertés, libéralités (sic) même.
Bernard : - Madame.
Bernadette : - Veuillez me servir avant que j’achève mes récriminations. Sur votre exclamation, je n’y reviendrai plus, la considérant comme une référence à ma légendaire sobriété.
Bernard : - C’est exactement ça, madame.
Bernadette : - Madame attend.

Bernard sort et revient presque immédiatement avec une bouteille et une coupe sur un plateau. En silence, il ouvre la bouteille, verse une coupe et sert.

Bernadette, avant de boire : - J’ai d’ailleurs évoqué ce matin avec monsieur le maire la boîte que chaque matin vous lui remettez.

Bernard gêné. Bernadette boit une gorgée (ne peut retenir une grimace).

Bernadette : - Il faudrait couper cela avec un peu d’eau... Ou de la crème de cassis comme faisait mère (elle se signe).
Bernadette, à Bernard : - Vous ne niez pas, j’espère.
Bernard : - Je suis au service de monsieur le maire et de son épouse.
Bernadette : - Mais sachez, Georges, que monsieur le maire n’hésiterait pas si je lui demandais de choisir entre moi et vous.
Bernard : - Oh madame ! Je vous jure, monsieur le maire est pour moi comme le grand frère que j’aurais tant voulu avoir !
Bernadette : - Ne faites pas votre Antoine !
Bernard : - Je vous jure madame, il ne s’est jamais rien passé entre monsieur le maire et moi, je suis 100% hétérosexuel et je n’ai aucun doute sur monsieur le maire de même.
Bernadette : - Quels termes de barbare osez-vous prononcer devant moi. Mais vous avez bu, Georges !
Bernard : - Oh non madame, jamais durant le service madame (comme malgré lui, Bernard jette un oeil sur la pelouse).
Bernadette, sourit : - Je crois, Georges... Malgré votre caractère, disons par euphonisme (sic) détestable, nous pouvons nous entendre.
Bernard : - Madame.
Bernadette : - Au moins sur un point.
Bernard : - Je suis au service de madame.
Bernadette : - Depuis que monsieur le maire s’obstine à utiliser le reste du Dom Pérignon comme engrais, je sais qu’il vous prive ainsi de ce noble breuvage.
Bernard : - Oh madame.
Bernadette : - Ne niez pas. Si vous commencez à me contredire, nous ne nous entendrons jamais.

Bernard acquiesce de la tête.

Bernadette : - Donc, vous avez une raison de maudire ce gazon... Et vous n’êtes pas sans ignorer le motif de ma profonde absence de sympathie pour ces brindilles.

Bernard fait mine de ne pas comprendre.
Bernadette boit une nouvelle gorgée. Elle toussote.
Bernadette : - Quinze jours qu’il a tourné autour de cette... cette secrétaire, avant ce voyage d’affaires au Moyen-Orient. Ah il est revenu guilleret ! Vous voyez, j’ai mes informateurs. (plus haut :) Je sais tout.

Bernard pousse un « oh » très caricatural et de manière très caricaturale se cache les yeux.

Bernadette : - Vous auriez pu faire acteur !
Bernard, sourit : - Trois ans de conservatoire. Mais je n’avais pas le physique. J’ai bien joué quelques petits rôles. Mais toujours on me disait, vous n’avez pas le physique. J’y ai pourtant cru, quand j’ai joué avec Louis De Funès. Malheureusement la scène a été coupée au montage. Aujourd’hui je serais Delon, Belmondo, ou même Depardieu.
Bernadette : - Bref. Je vous fais remarquer que vous n’êtes pas chez le coiffeur !
Bernard, la fixe : - Madame, je vous avoue ne pas comprendre.
Bernadette : - Vous être vraiment fermé à la poésie... Bref... Conservez pour votre coiffeur la nostalgie de vos tentatives artistiques.
Bernard : - C’est ma femme qui me coupe les cheveux. Avec les enfants qui grandissent, nous n’avons pas beaucoup d’argent, alors nous économisons...
Bernadette : - Je veux bien être patiente mais nous ne nous en sortirons jamais si vous continuez à vous répandre en incohérences. Bref, nous avons chacun notre raison de maudire ce gazon. Donc, croyez bien que je ne verrais aucun inconvénient à une subite maladie fatale de ce gazon.
Bernard, comprend soudain : - Du Roundup ?
Bernadette : - Je vous rappelle que suis une femme, j’ignore donc les termes techniques du jardinage. Mais vous m’avez compris.
Bernard : - Monsieur le maire va avoir du chagrin.
Bernadette : - Ne vous inquiétez pas, ce genre de chagrin ne dure jamais bien longtemps. Elle reviendra d’Espagne qu’il ne se souviendra même plus de son prénom. Vous voyez, je connais même son emploi du temps, à cette raison, cette Christine. Je sais même son nom, son âge, la fortune de son père, tout quoi ! Qu’elle ne se fasse aucune illusion : elle ne fera pas exposition... (qui s’aperçoit, face au regard de Bernard, de son erreur) Ni exception.
Bernard : - Mais si monsieur le maire a des soupçons.
Bernadette : - Ne vous inquiétez pas, je saurai le culpabiliser sur l’utilisation du Dom Pérignon.
Bernard : - Mais le Roundup coûte cher.
Bernadette : - Georges, n’exagérez pas, je ne surveille pas vos dépenses, il doit bien vous rester quelques billets. Puisque vous me rendez uniquement des pièces jaunes.
Bernard : - Oh madame.
Bernadette : - Disons que le « Roundup » va clôturer, clore ce chapitre de la monnaie.
Bernard : - Mais demain est jour de réception. Et pour acheter du Roundup, il me faut me rendre dans une jardinerie où personne ne me connaît. Et si vous me remettiez immédiatement la somme, je pourrais y passer dans la matinée... Et j’aurais moins d’état d’âme à faire ainsi de la peine à monsieur.
Bernadette : - Soit ! Pour que disparaisse ce gazon, je donnerais bien...

Elle sort de sa poche une liasse de billets.

Bernadette : - Il faut combien.
Bernard : - Euh... Tous frais compris...
Bernadette : - Comment ?... Tous frais compris ?!
Bernard : - Il faudra sûrement acheter un diluant car je suppose que vous souhaitez une action rapide, sinon le produit met des mois avant d’agir, et aussi des gants spéciaux, car ce produit est dangereux, des gants ignignufugés (il cherche d’autres frais)... Des lunettes de protection, un réservoir pour jeter le produit inutilisé, une pipette pour le transvaser, un désodorisant, car toute odeur pourrait inciter monsieur le maire à réclamer une... Une autopsie, une clé de 17 pour régler la pression, une meuleuse...
Bernadette : - Les détails m’importent peu. C’est comme en politique, on ne retient que le résultat. Combien donc ?
Bernard : - Au minimum six... Pour ne pas risquer que je revienne les mains vides, sept serait plus sûr. Quant au supplément, je le considérerai comme... Un signe d’estime.
Bernadette : - D’estime, n’exagérez pas.
Bernard : - Le mot m’a échappé. Que madame m’excuse.

Bernadette lui donne six billets. Bernard attendant toujours, elle lui en donne finalement un septième. Il sort. Elle s’aère avec la liasse de billets. Sourit. La remet dans sa poche et reprend sa coupe.
Claude entre alors qu’elle la porte à ses lèvres.

Claude : - Alors maman, tu te mets au noble breuvage !
Bernadette, d’abord troublée, puis reprenant sa posture : - Ma fille... Sache qu’il est important, en société, de pouvoir commenter. Je reniflais donc les arômes.

Claude fait un bisou à sa mère.

Claude : - Que se passe-t-il ? Papa a été appelé en urgence ?
Bernadette : - Nullement, ma chère fille. Que te fait-il penser ainsi ?
Claude : - Partir avec une bouteille où il ne manque qu’une coupe, ça ne lui ressemble guère.
Bernadette : - Sache que notre cher et fidèle ami Jean-Pierre doit passer. Et je compte le recevoir dignement.
Claude : - Un conseiller général !
Bernadette : - Président du conseil régional. Et sénateur. Sa positive attitude mériterait une plus vaste couverture. Et ma fille... Nous ne savons pas ce que Dieu nous infligera comme épreuve, nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Il nous faudra peut-être nous retrancher dans une région sauvage.
Claude : - N’exagère pas maman ! Dans tous les cas, nous aurons largement les moyens de vivre de nos rentes ici !
Bernadette : - Ma fille... Un souverain ne peut redevenir un simple citoyen. C’est le pouvoir ou l’exil !
Claude : - Mais je ne suis pas la fille de Napoléon !
Bernadette : - Ta remarque est déplacée.
Claude : - Bernard !

Entre Bernard avec une veste et une écharpe lui couvrant une partie du visage.

Claude, éclate de rire : - Maman t’a donné ta journée pour aller au bal masqué !
Bernard : - Mademoiselle m’a demandé ?
Claude : - Une coupe, chevalier masqué ! Pour une fois que je peux boire un peu !
Bernard : - Bien mademoiselle.
Claude : - Je crois que toi tu me caches quelque chose (à sa mère :) naturellement, je ne te demande pas quoi... j’ai retenu tes leçons sur la discrétion.

Bernard sort et revient quasi immédiatement avec une coupe. Il sert Claude.

Bernard, à Bernadette : - Je peux disposer ou dois-je rester pour assurer le service ?
Bernadette : - Nous saurons nous débrouiller sans vous. Allez où le devoir vous appelle.

Bernard sort discrètement.

Bernadette : - Ma fille... Je t’ai déjà dit de ne pas tutoyer les employés.
Claude : - Il me prenait sur ses genoux quand j’avais 10 ans !
Bernadette : - J’ai cru remarquer que tu n’avais plus le même âge ! Ce n’est pas parce que tout fout le camp qu’il faut oublier notre rang... D’ailleurs ton père souhaiterait que tu sois un peu plus matinale... Puisque tu vas bientôt visiter la France profonde...

Claude vide sa coupe et s’en ressert une.

Bernadette : - Ta grand-mère ne m’aurait jamais toléré un tel comportement.
Claude : - Mais le monde a changé maman ! Plus personne ne va acheter ses chaussettes rouges en Italie !
Bernadette : - Peut-être est-ce justement dans les apparences que nous avons failli. Le peuple a besoin d’être ébloui par notre grandeur.


Rideau


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