la fille aux 200 doudous... et autres pièces de théâtre pour enfants
Les 25 pièces de théâtre de Ternoise
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Acte 2 élections chirac balladur 1994 revu en théâtre








Le lendemain matin. Même décor... excepté le gazon « grillé ». Bernadette radieuse, installée dans son « fauteuil directeur », une revue en main... Elle ne lit pas, elle attend avec impatience.
On entend Jacques chantonner « on a gagné. » Il entre euphorique. Bernadette se plonge dans une fausse lecture. A peine passé la porte, Jacques regarde son gazon et s’arrête net à un « on a ga. »
Bernadette l’observe d’une manière se voulant discrète mais cache difficilement sa joie. Jacques est comme tétanisé.
Comme si de rien n’était :

Bernadette : - Nous avons encore gagné, Jacques.

Jacques s’approche de son gazon (dos au public donc), se penche vers lui, le touche.

Bernadette, sourit (pour le public) : - J’ai gagné. Il lui faut des grandes baffes à mon Jacques, et il repart. Une baffe et je repars, ça pourrait vraiment être son slogan. Un coup comme ça, Edouard ne s’en remettrait pas.
Jacques, toujours de dos : - Un traître. Il n’y a qu’un traître pour m’avoir fait ça. (se retournant vivement) Qui est venu ici durant mon absence ?

Bernadette, surprise dans son sourire, se fige.

Jacques : - Vous ? Vous Bernadette... Je vois dans votre sourire...
Bernadette, gênée, cherchant sa réplique : - Oui Jacques, je souriais. Je souriais car je me doutais de votre réaction.
Jacques : - Mais c’est votre sourire, madame.
Bernadette : - Je souriais car vous cherchiez un traître pour expliquer la mort de ce gazonneau. Et je vois que vous cherchez désormais la trahison même dans votre maison.

Bernadette attend une contradiction qui ne vient pas.

Bernadette : - Comme souvent, vous me considérez responsable en cas d’échec et ne savez pas reconnaître ma part de travail dans la réussite.
Jacques, pour le public : - Blabla blabla... Ta part de travail, quand tu auras serré les mains bien gercées de cinq mille trois cent douze bouseux au salon de l’agriculture, tu sauras ce que c’est de mouiller sa chemise.
Bernadette, continue : - Subodorant votre probable injuste réaction, j’ai pris l’initiative, ce matin, de téléphoner à notre ami Nicolas, Nicolas l’éminent scientifique...
Jacques : - Ecolos de mes...
Bernadette, plus haut, couvre sa voix pour éviter d’entendre la suite : - Pour lui demander si le fait d’imbiber avec du champagne, chaque matin, 600 centimètres carrés de brindilles de mauvaise herbe.
Jacques : - Mauvaise herbe !
Bernadette : - Déjà peu vigoureuse, pouvait, après 17 jours, causer une mort irrémédiable. Vous voulez connaître sa réponse.
Jacques : - Sur ce sujet comme sur d’autres, son avis, vous savez...
Bernadette, laisse peser le silence puis : - Afin que cessent vos allusions injustifiées, même si vous ne me présentez pas des excuses avec la solennité exigée par vos injustes insinuations, notre ami Nicolas est formel : le champagne est déconseillé comme liquide d’arrosage ; je vous épargne les termes techniques, mais la composition du champagne peut s’assimiler à une surdose d’engrais... J’ai naturellement évité de signaler à cet éminent scientifique que ce champagne était votre troisième bouteille de Dom Pérignon... Au gré de notre amicale conversation, il m’a d’ailleurs confié une de ses idées, et je l’ai jugée très intéressante... Elle pourrait redresser votre courbe d’opinions favorables...
Jacques : - Mais naturellement je vous écoute... Le miracle se produira quand nous ne l’attendrons plus.
Bernadette : - Il s’agirait de trouver l’opportunité d’un grand discours écologique, à l’étranger de préférence, que la tribune soit mondiale, sur le développement du... Pas durant... Mais un nom comme ça.
Jacques : - Dupont...
Bernadette : - Durable. Oui... Le développement durable, c’est son nouveau concept, qu’il est disposé à venir vous exposer dans les détails, il va même publier un livre sur le sujet... Il est persuadé que c’est sur ce terrain que se gagnera la présidentielle...
Jacques, crie : - Bernard !

Bernadette frémit (non remarqué par Jacques).

Entre Bernard : - Monsieur m’a appelé.
Jacques : - Je suppose que vous savez.
Bernard, très cinéma des années 50 : - Oh monsieur, c’est moi qui ce matin ai constaté le décès... J’ai tout de suite pensé à l’immense chagrin qu’allait ressentir monsieur. Je tenais à vous présenter toutes mes condoléances attristées.
Bernadette, pour elle-même : - Mais il fou !
Bernard, continuant : - Et je me suis tout de suite précipité à la cave.
Jacques : - A la cave ?
Bernard : - Pour vous remonter quatre bouteilles de Dom Pérignon. Je me suis dit que si une telle chose m’arrivait, je prendrais quatre bouteilles et j’irais me coucher... J’ai bien fait monsieur ?
Jacques : - Vous videz quatre bouteilles de champagne, Bernard !...
Bernadette, pour elle-même : - En plus de nous voler il nous vole.
Bernard, troublé : - Du champagne, du champagne... C’est comme ça qu’on appelle du mousseau, du Paul Bur, c’est le meilleur rapport qualité prix que j’ai trouvé, ça ne coûte pas plus cher qu’un gros pain. Quand on se fait une petite fête, avec Caroline, on ouvre une bouteille de Paul Bur... Je sais bien que la circonstance n’est peut-être pas bien choisie, mais avec les enfants qui grandissent, une augmentation...
Bernadette : - Il manque pas d’air celui-là ! Il va en avoir une belle d’augmentation, elle s’intitulera indemnités de licenciement, puisqu’on ne peut même plus simplement « signifier son congé ». Vous parlez d’un progrès !
Jacques : - Allez, vous êtes bien brave, Bernard, apportez deux coupes, nous allons trinquer ensemble... Même dans les tranchées les Hommes se relevaient pour un bon verre.
Bernadette : - Trois coupes.
Jacques : - Vous, madame !
Bernadette : - Vous êtes bien entré en criant, « on a gagné », je suppose que vous avez signé un juteux contrat.
Jacques : - 10% ! Pour tous les travaux dans les établissements scolaires. Nous allons avoir les plus beaux lycées du monde ! Et pour qui le pactole ? Et pour qui la belle avance ? Non madame, votre mari n’est pas battu. On va voir ce que l’on va voir, je saurai me battre... Tenez Bernard, en même temps que les bouteilles, ramenez-nous la valise sous la commode Louis XIV.

Bernard sort.
Bernadette sourit (on peut imaginer qu’elle pense : oh le grand enfant... une claque et il repart).
Bernard rentre sans bouteille mais avec l’attaché-case.

Bernard : - Monsieur le maire, monsieur Antoine désire vous parler.
Jacques, soulève la main droite : - Vous lui direz que vous ne m’avez pas trouvé.
Bernadette : - Que vous a-t-il fait, ce cher Antoine ?
Jacques : - Il a failli tout faire capoter avec son « rappel des nouvelles dispositions légales. » Ça jette un froid un truc pareil.
Bernadette : - Mais Jacques, vous ne seriez quand même pas dans l’illégalité ?
Jacques : - Moi ? Oh ! Jamais ! Antoine a toutes les délégations pour traiter ce genre d’affaires. Je suis au-dessus de tout ça, voyons madame, je suis monsieur le maire quand même... Même si parfois vous semblez considérer ce poste comme dérisoire.

Pendant cet échange, Bernard se place de façon à n’être pas vu de Bernadette et tente de communiquer à Jacques une information par signes, d’abord en décrivant un téléphone, puis en montrant l’aquarium puis finalement en sculptant des mains les hanches d’une femme. Jacques soudain comprend.

Jacques : - Bon, bon, puisque vous insistez madame, j’y vais, j’y vais.

Et il se précipite...

Bernadette : - Vous êtes bien pressé soudain.
Jacques, en sortant : - S’il n’en reste qu’un, vous avez raison, ce sera le meilleur d’entre nous ! Je lui dois quand même un peu d’attention...
Bernadette, soupçonneuse, cherche Bernard du regard.

Bernadette : - Georges, vous pouvez me certifier qu’il s’agit bien d’Antoine ?
Bernard : - Oh madame ! Je reconnaîtrais sa voix entre 10 000.
Bernadette : - Vous sauriez parfaitement la différencier avec celle d’une femme... Une femme en particulier...
Bernard : - Oh madame...
Bernadette : - Soit. J’apprendrai sûrement dans la journée qu’Antoine était en réunion à cet instant précis, et qu’il n’a pas parlé à monsieur le maire depuis hier soir... (en regardant Bernard) Vous serez parfaitement d’accord avec moi, que dans ce cas, je ne pourrais naturellement plus continuer à vous accorder ma confiance.
Bernard : - Oh madame... Après tout ce que j’ai fait pour vous, après tant et tant de bons et loyaux services ! Etre viré à cause d’un imitateur.
Bernadette : - S’il s’agissait d’un imitateur, monsieur le maire serait déjà de retour.
Bernard : - Vous n’avez pas regardé l’émission sur les imitateurs en Belgique. Si je me suis fait avoir par un imitateur, monsieur le maire peut aussi être piégé.
Bernadette : - Ne soyez pas insolent. Nous ne sommes en Belgique ! D’ailleurs je n’ai plus besoin de votre service. Paris en Belgique ! Vous reviendrez quand monsieur le maire aura terminé sa consultation téléphonique. Paris en Belgique, le fou !

Bernard, pour le public, en sortant : - Y’a des gens, c’est à vous dégoûter de leur rendre service.
Bernadette : - Toujours une bonne chose de faite !... Que va-t-il m’inventer cette fois-ci ?

Elle va chercher l’attaché-case qu’avait posé Bernard près de la porte d’entrée. Se rassied. L’ouvre.
Bernadette, souriant : - Ah ce grand Jacques !... (grands yeux émerveillés) Il n’a pas que des défauts... Au moins la petite ne manquera jamais du nécessaire.

Jacques rentre tout guilleret... Il jette un bref coup d’oeil à l’aquarium et sourit.

Jacques : - Alors, ce noble breuvage adoré ? (crie :) Bernard !
Entre Bernard : - Monsieur.
Jacques : - Bin alors, mon ami, où étiez-vous passé ?... Y’a du relâchement dans le service !
Bernard : - Madame m’avait prié de patienter ailleurs.

Jacques observe Bernadette avec toujours la mallette sur elle.

Jacques : - Vous avez compté...
Bernadette : - Compté non... Mais c’est beau... Et tout est à nous ?
Jacques : - Pas un seul intermédiaire... Antoine seul a vu. Donc personne n’a vu !
Bernadette : - Antoine, toute l’honnêteté d’un grand commis de l’état... C’est un homme comme lui qu’il nous faudrait comme majordome...
Jacques : - Encore une bonne nouvelle, chère épouse... Nous allons gagner...
Bernadette : - Vous dîtes ?
Jacques : - Nous allons gagner... La popularité (de l’index il tend une ligne droite partant du bas vers le plus haut qu’il puisse... se dresse même sur la pointe des pieds... et finalement monte sur une chaise... et manque de tomber... Bernard se précipite pour le soutenir).
Jacques : - Ah Bernard, vous avez bien mérité votre Dom Pérignon.
Bernard, voix basse : - Et si vous pouviez en profiter pour placer deux mots à madame, elle veut encore me virer, et cette fois elle semble obstinée.
Jacques : - Ne vous inquiétez pas cher ami, ce ne sont que des mots. Vous êtes de la maison.
Bernadette : - Je suppose que la deuxième partie de votre démonstration, c’est la popularité de votre ancien ami ?
Jacques : - Votre humour... Si la France pouvait en profiter aussi...
Bernadette, semble ravie : - Et quel miracle va opérer cette irrésistible ascension ?
Jacques : - Un livre.
Bernadette : - Vous avez lu les bonnes pages d’un livre à scandale sur le traître ?
Jacques : - Je vais écrire un livre.
Bernadette : - Et qui va vous l’écrire ?
Jacques : - Heu... Hé bien Antoine naturellement.
Bernadette : - Ne plaisantez pas, Jacques, vous ne préparez pas le concours d’entrée à l’ENA.
Jacques : - Antoine et quelques conseillers.
Bernadette : - Conseillers, vous écrivez cela è-r-e à la fin ?
Jacques : - Oh ! Madame !
Bernadette : - Et il racontera quoi ce livre ?
Jacques : - Vous en aurez la primeur... Comme vous devez réaliser votre pèlerinage annuel en Corrèze, nous avons pensé que la date est bien choisie pour une mise au vert, une petite quinzaine de travail, de brainstorming... Et à votre retour, vous lirez ça... Naturellement votre avis sera apprécié...

Bernadette semble soupçonneuse à partir de « mise au vert ».

Bernadette, réfléchit : - Je suppose qu’Antoine sera de votre mise au vert.
Jacques, hésite : - Naturellement.
Bernadette : - Et Jean-Pierre ?
Jacques : - Jean-Pierre ? Quelle idée !... J’ignore ce que vous lui trouvez !
Bernadette : - Il a parfois de très bonnes idées.
Jacques : - Il s’y connaît à virgule et publicité... Allons bon... Je vais rappeler Antoine pour lui demander de l’ajouter à la liste de consultants.

Il sort.
Bernadette s’empresse de prendre le téléphone sous son fauteuil et appuie sur une touche. Quasi immédiatement :

Bernadette : - Antoine, mon ami, monsieur le maire n’arrive pas à vous joindre depuis ce matin.

Bernadette sourit. Bernard est catastrophé.

Bernadette : - Il voulait savoir comment vous alliez depuis hier soir.

Bernadette continue à sourire.

Jacques, rentre : - C’est occupé.
Bernadette : - Je vous passe monsieur le maire, il vient justement d’arriver... Tenez mon ami, Antoine souhaite vous parler.
Jacques : - Vous avez appelé Antoine !
Bernadette : - Par erreur, monsieur le maire... Encore un aléas du progrès technologique... J’ai malencontreusement appuyé sur M3 au lieu de M6... Vous imaginez bien ma surprise d’entendre Antoine chez ma coiffeuse... Tenez, il va s’impatienter... Vous avez tant de choses à lui raconter. (Jacques a un regard « oh la garce ! »)
Jacques, parlant rapidement : - Antoine, donc, pour cette mise au vert, tu peux ajouter Jean-Pierre dans la liste des consultants. Je suis d’accord avec toi, il n’a jamais eu la moindre idée mais il peut être utile pour les participes passés, les subjonctifs et les accords. Enfin, s’il ne peut pas venir, ce ne sera pas grave ! L’important étant qu’il se sente de l’aventure, qu’il puisse dire j’ai participé et nous fasse une bonne publicité du livre dans sa région. Donc tu t’occupes de tout comme convenu, tu nous loues un gîte rural pas trop loin. (Bernadette sourit) Je suppose que tu as déjà travaillé aux grands chapitres, comme je le disais à Bernadette, je n’y aurais jamais pensé sans ton aide.
Jacques, pour le public : - Mais il ne comprend rien cet âne ! Il est même capable de réserver un gîte rural aussitôt que j’aurais raccroché. Comment lui faire comprendre !
Jacques, au téléphone : - Oui, tu prévois déjà un plan marketing à la hauteur de l’événement... Je ne sais pas moi, quelles sont les meilleures émissions pour présenter un livre à la télévision...
Jacques, soulagé, pour le public : - Il a pigé.
Jacques, au téléphone : - Je te rappelle incessamment pour valider l’ensemble du planning... Oui oui... On a tout notre temps... Oui... (Jacques sourit)

Il s’apprête à raccrocher...

Bernadette : - Tu me le passes, s’il te plaît...
Jacques, inquiet : - Bernadette a encore trois mots à te dire... Ah, tu es pressé...
Bernadette, tend le bras et subtilise l’appareil : - Antoine, mon ami, excusez-moi trente secondes... (elle pose la main sur l’appareil et sourit, Jacques est perplexe sur ses intentions)
Jacques : - Servez-nous, Bernard.
Bernadette : - Antoine, nous avons pensé avec monsieur le maire, pour accroître votre popularité auprès des petites gens, votre présence serait appréciée en Corrèze, à mes côtés. Vous y rencontriez la presse locale et le gratin du département...

Jacques, au public : - La garce ! Et petit Antoine va tomber dans le panneau. (imite :) « mais c’est une merveilleuse idée, madame, je n’ai rien de prévu. » Idiot, il a compris que l’histoire du gîte c’est du pipeau mais il n’est pas foutu de comprendre qu’à « madame » il doit répondre « mais je serai avec monsieur le maire »... Ou alors c’est sa manière à lui de me trahir, de jouer les idiots ?

Jacques prend la coupe que Bernard lui présentait depuis quelques instants. Et la vide cul sec.

Bernadette : - Vous êtes un véritable ami Antoine. Monsieur le maire me l’a si souvent répété, vous nommer premier ministre serait le plus beau jour de sa vie.

Jacques se fait resservir une deuxième coupe, la vide cul sec. Puis une troisième (Bernadette l’observe et perd son sourire). Une quatrième.

Bernadette, au public : - Mon Dieu ! Oui, je lui ai montré que je ne suis pas dupe. Mais je ne peux même pas en triompher. Mon Dieu, il n’y a plus que ça qui le tienne debout. Qu’il y aille avec cette secrétaire, qu’elle lui offre le fruit de son noctambulisme, cette névrosée. Une fois qu’il ne lui fait d’enfant, l’honneur est préservé.

Bernadette : - Monsieur le maire vous rappellera. Bonne journée mon ami.

Bernadette raccroche.

Bernadette : - Georges, vous pourriez aussi m’offrir une coupe.

Bernard verse du champagne dans une coupe et la tend à Bernadette.

Jacques : - Allez, trinquons.
Bernadette : - Oui, trinquons à cette magnifique petite valise.

Ils trinquent (Bernadette sourit quand elle trinque avec Bernard).


Rideau



suite : Acte 3 élections en France jouées au théâtre

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