La route Ternoise
Les pièces... Les livres
Acte 1 Amour théâtre dans le Quercy
La chambre d’une maison en pierres dans le sud...






La chambre, d’une maison en pierres, « dans le sud », le sud-ouest, le Quercy, région de Montcuq.
Au milieu, un lit (deux matelas posés par terre). A sa droite une étagère « pin des Landes », remplie de classeurs, livres et peluches. A sa gauche, un bureau (une planche sur deux tréteaux) avec un amas de papiers en désordre.
Entre le bureau et le « lit » : un téléphone (avec touche haut-parleur et touche « discrétion » - à maintenir enfoncée pour parler sans être entendu du correspondant tout en continuant à l’entendre), un balai, une lampe électrique (une femme et un homme enlacés)...
Traînent aussi par terre : un pistolet avec à l’intérieur une cartouche de joint mastic, une perceuse, des publicités, des cartons, certains ouverts (dépassent, des serviettes, des fringues, des plats), d’autres empilés et fermés de gros scotchs marrons, et tout ce qui sera évoqué...
Les murs : à droite, pierres crépies (peinture écaillée d’au moins trente ans), une fenêtre masquée par une couverture maintenue avec deux grosses lattes en bois ; fond et gauche : isorel marron très laid... ; gauche : une porte, en isorel, peinte en bleu écaillé.
Une ampoule (très forte) au-dessus du lit.
Le plafond : entre chaque poutre, du lambris. Aux raccords : du sparadrap, des boulettes de journaux et du joint mastic blanc du meilleur effet !
A côté de la fenêtre : un radiateur électrique, neuf... Mais bruyant.
Ce décor « idéal » peut être remplacé par une création reflétant la même impression d’arrivée récente et d’habitat rudimentaire.

Dans « le lit » : ELLE et LUI à sa gauche, allongés, emmitouflés (grosses écharpes) sous de nombreuses couvertures.
Tandis que se lève le rideau :

Elle : - Aïe ! (très plaintif) Oh ! Mon Dieu !
Lui : - Ouille !
Elle : - Ton côté ?
Lui : - Mon dos.

Il essaye de se redresser, de s’asseoir, et le fait en marmonnant régulièrement « ouille ».

Elle : - Tu vas pas dormir ?
Lui : - Je crois que je vais lire un peu.
Elle : - Encore !
Lui : - Tu crois qu’on est en état de faire l’amour !
Elle : - On pourrait essayer quand même... Même si tu bouges pas, c’est mieux que rien...
Lui : - Tu veux vraiment que je reste bloqué ?
Elle : - Bin non... Parfois j’ai l’impression que tes bouquins comptent plus que moi.
Lui : - Tu avais pourtant tendrement et judicieusement proclamé : « Je vais essayer de dormir ! »
Elle : - Je croyais être bien sur le dos... Oh ! mon Dieu... Je vais essayer de me mettre sur le côté.
Lui : - Qu’est-ce qui t’a pris de vouloir soulever ce tronc, il pèse au moins cent quatorze kilos.
Elle : - J’ai pas envie de mourir de froid...
Lui : - Tu aurais pu ramener des brindilles... Ça chauffe aussi.
Elle : - Tu parles ! Avec une cheminée qui fume tout le temps... Etre obligé de laisser la porte ouverte pour pas être asphyxié !... On n’arrivera jamais à chauffer...
Lui : - Surtout maintenant qu’on est deux éclopés.
Elle : - Qu’est-ce qu’on va faire ?
Lui : - Attendre l’été.
Elle : - Toi tu t’en fous, tu pourrais même vivre dans une pièce, une fois que tu as un livre, ton stylo et du papier, on dirait que plus rien compte pour toi.
Lui : - C’est ma chance et tu le présentes comme un drame !
Elle : - Je croyais quand même pas que tu étais comme ça.
Lui : - Je te l’ai pourtant annoncé le premier soir : « jeune retraité, ma vie oscille désormais entre lire et écrire... »
Elle : - Je croyais que c’était juste une belle phrase pour me séduire.
Lui : - Parfois les êtes humains parlent comme ils pensent.
Elle : - Ça t’embête si je te parle ?... Tu préfères lire ?
Lui : - Finalement, je vais essayer de dormir. Plutôt que de te plaindre, va éteindre !
Elle : - Oh, non, je me lève plus.
Lui, souriant : - J’en suis certain : tu vas bientôt te lever.
Elle : - T’es dégueulasse ! J’y pensais plus. Maintenant j’ai vraiment envie... C’est pas drôle.
Lui : - Toi, tu ne m’avais pas prévenu que tu dois visiter quinze fois les toilettes avant de t’endormir.
Elle : - C’est comme ça une fille... Dans la famille.
Lui : - Va, et n’oublie pas de fermer la lumière quand tu reviendras.

Elle se lève, difficilement, enfile son bonnet, un gros manteau, posés juste à côté du lit, et sort... Chaque pas est un « léger » craquement du plancher qui se poursuit dans le couloir... Ainsi chaque retour sera de même précédé.

Lui : - Qu’est-ce qu’ils font ensemble ces deux-là ? Je me demande si souvent ça !...
Si on nous voyait !... Le diagnostic serait catégorique : ils ne s’aiment pas ! Ou : « des vieux ! »
Si je voyais un couple comme ça, je conclurais, « ça va pas durer. » Ou non : « le pire, c’est que ça peut durer comme ça toute une vie ! » Dans ce cas-là, oui, comme ça doit être long une vie !
Si je reprends un livre, elle va encore faire la gueule. Alors on va papoter.
Papoter pour quoi dire ! Mon Dieu ! Si on nous entendait... On se gausserait bien : « ils sont comme les autres ; vraiment pas plus intelligents que nous ! ; même lui, malgré qu’il veut se donner des airs, avec sa patine de culture !... » C’est peut-être pour cela que les gens passeraient une soirée à nous regarder... A moins qu’ils espèrent du tragique, « il va sûrement finir par l’étrangler ! »
Ou un drame : « on va voir du sang ; au moins une scène ! »
A moins qu’ils espèrent encore, en la voyant si belle, ma compagne... « on va les voir... » Les voir quoi, ils penseraient ? Oseraient-ils employer l’expression « faire l’Amour » ?
Aimer, regarder dans la même direction, pas toujours, mon cher St-Exupéry ! On regardait vers le sud...
Maintenant qu’on y est, je sais plus quoi faire de mes yeux...
Mais il faudrait être un monstre pour lui balancer, « retourne dans ton nord, retourne à Douai », la quitter après l’avoir emmenée à neuf cents kilomètres.
(souriant) Retourne chez ta mère !
Voilà je suis enchaîné ! La liberté... Choisir ses chaînes, ouais ! Comment je parle ! Mais non, elle ne deviendra pas forcément comme sa mère.
J’ai encore l’illusion de pouvoir la cultiver, l’extraire de son conditionnement, la transformer... C’est peut-être ça l’amour !
Il arrive un moment où tout bascule... Devenir vraiment adulte !
Etre comme furent les parents... Encore maintenant ! Ça ne dure qu’un temps, ressembler plus à la société qu’aux parents !
Comment il résume ? Ah oui, « les structures mentales familiales finalement triomphent... »
Ah ! Il lui faudrait une force qu’elle n’a sûrement pas, pour ne pas ressembler, finalement, à sa mèèèère...
Elle était en guerre contre sa mère...
Mais la force de s’opposer aux valeurs, de conquérir les siennes...
Pourtant, je suis amoureux. Sincère ! Je lui pardonne... Pas tout quand même. C’est demain, dans quelques mois, que seuls les scrupules, la mauvaise conscience...
Et la peur de la solitude. Alors que je sais la pire des solitudes, celle d’être avec quelqu’un qui ne s’intéresse à rien de ce qui nous passionne.
Même Zola. Même Houellebecq ! Même Jacques Brel !
Mais seul pas possible d’avoir un enfant ! En tout cas pour moi !
On rêve d’avoir un enfant en se jurant, je ferai mieux que mes parents, alors il faut bien quelqu’un... Avoir un enfant... Pour qu’au moins quelque chose continue après...
Elle ou une autre... Affreux misogyne va !
Paraît que Jacques Brel s’est confié ainsi, en partant pour les Marquises, elle ou une autre...
Avoir un enfant pour au moins réussir quelque chose ! L’Amour, on verra plus tard !
Mais non, je l’aime... Impossible d’arrêter de me faire un film de ma propre vie.. Je dois quand même être écrivain !... Allez... On s’aime bien quand même (il sourit)
Faut que j’arrête de me croire dans un roman ! Ou plutôt, ne pas oublier : l’hérédité n’est pas la seule maîtresse du destin ; l’environnement est un élément fondamental... Je peux la sauver !

Elle rentre... Il allume la lampe à sa gauche, elle éteint la lumière centrale...

Lui : - Y’a du boulot !
Elle : - Ah ! Tu penses à t’y mettre.
Lui, souriant : - Tu crois vraiment qu’il est urgent de s’y mettre ?
Elle : - Tu vois, je suis même allée dans la cuisine (elle lui donne une confiserie). Aïe !... J’espère que ça va passer. C’est affreux quand je m’assois.
Lui : - Tu vas aller revoir « la mort lente » demain ?
Elle : - La vieille a l’air de pas dire n’importe quoi, il est connu pour ça.
Lui : - Tu vas te laisser triturer les os, retourner la tête, te laisser manipuler par lui...
Elle : - Je l’ai bien laissé me faire une prise de sang.
Lui : - Et ton abcès ?
Elle : - Je le sens même plus, c’est juste quand je l’accroche.
Lui, imitant le docteur : - « C’est pas grave ! » (voix âgée « sud ouest»... mais avec un accent du nord)
Elle : - Imitateur, c’est un beau métier ! Ça doit bien payer.
Lui : - Je voudrais bien savoir combien de ceux à qui il a dit « c’est pas grave », y sont passés ?
Elle : - Quel pays ! Un seul docteur... En plus avec une barbe aussi longue que tes cheveux !
Lui : - Mais non, l’autre est malade. Un docteur a la grippe et l’autre, personne n’ose diagnostiquer son état !
Elle : - Tu crois que c’est un homéopathe ? C’est bizarre toutes ses plantes partout...
Lui : - Il ne m’aurait pas donné de médicaments, si je n’en avais pas réclamés.
Elle : - Tu as exagéré... Il t’a regardé tout drôle...
Lui : - J’aurais pas été surpris s’il avait sorti un couteau pour me faire une saignée... Fallait bien que je lui demande ! Je croyais que c’était une sangsue dans son bocal sur son bureau.
Elle : - Arrête, fais-moi pas rire, ça fait vraiment trop mal... Dans quel pays on est tombé ! C’est ça le sud ! Il s’est bien foutu de nous le notaire en nous chantant Nino Ferrer... La Louisiane, l’Italie, tu parles !... Un frigo ! Nino, frigo, Nino, nigaud, toi qui cherches toujours des rimes !
Lui : - Tu peux même ajouter gogos.
Elle : - Arnaud aussi !
Lui : - C’est quoi le rapport entre ton cousin Arnaud le poivrot et le Nino devenu milliardaire grâce aux gogos ?
Elle : - Je te trouve des rimes, c’est à toi de faire les phrases.
Lui : - Tu es déjà allée en Louisiane fin février ?
Elle : - Cherche-lui pas des excuses !
Lui : - On a déjà le chien, il manque plus que le chat, une tortue, des poissons rouges...
Elle : - Mais tu aurais peut-être dû le laisser faire... Ça fait huit jours et tu as toujours le dos en compote.
Lui : - C’est un problème de ligaments moi, pas des dorsales.
Elle : - Qu’est-ce tu en sais ?... Tu n’es pas médecin...
Lui : - Je serais pas surpris qu’on ait fait les mêmes études.
Elle : - La vieille m’a dit, il est docteur parce que son père l’était, c’est comme le notaire.
Lui : - Tu crois qu’il a vraiment soixante-seize ans ?
Elle : - Les médecins, c’est comme les notaires, faut qu’ils meurent pour laisser la place aux jeunes, qu’elle a dit la vieille !
Lui : - Alors tu vas le laisser te tordre la tête et le dos ?
Elle : - Oh demain ça ira mieux... Il faut bien sinon comment on va se chauffer ?
Lui : - On vivra ici... Je te colle un sparadrap sur la bouche et je lis !
Elle : - Tu vois, je me suis pas énervée, j’ai compris que c’est pour rire.
Lui : - Tout le monde peut se tromper !
Elle : - Acheter cent cinquante hectares habitables pour vivre dans douze !...
Lui : - Cent cinquante hectares habitables, même le notaire ne les a pas ! Cent cinquante mètres carrés c’est déjà bien !
Elle : - Tu vois, pour une fois que j’utilise un mot savant pour te faire plaisir, ça ne te va pas !
Lui : - Les mots ont un sens !
Elle : - Pourquoi ta mère parle toujours en hectares, alors ?
Lui : - Les terres cultivables, en hectares, les maisons, en mètres carrés.
Elle : - Vous êtes compliqués ! Je sens du vent... (elle lève le bras droit, ce vent vient donc du grenier)
Lui : - Moi aussi... Je crois bien que je vais encore me réveiller avec des migraines.
Elle : - Le chauffage est à fond ?
Lui : - Tu ne l’entends pas !
Elle : - Je finis par plus l’entendre.
Lui : - Tu as de la chance.
Elle : - J’ai été élevée dans le bruit moi... Faudra aller le reporter.
Lui : - Faudra...
Elle : - Quarante kilomètres pour faire des courses. Quel pays !
Lui : - Quoi ? Tu te plains encore !
Elle : - Une fille ça se plaint.
Lui : - Tu le savais avant... On l’a choisie ensemble...
Elle : - En été oui. Je me rendais pas compte. Et puis tu as dit, ça me portera bonheur d’habiter dans le pays de Nino Ferrer.
Lui : - Tu lui en veux !
Elle : - On chante pas des conneries comme ça ! Il aurait dû dire « mais en février il fait froid. »
Lui : - Ça rime pas.
Elle : - Eh alors ! Froid rime avec doigts. Il fait froid et j’ai mal aux doigts. Si un jour je dois travailler, j’écrirai des chansons aussi. J’en ai des choses à dire avec une mère pareille !
Lui : - Tu raconteras pourquoi nous avons acheté !
Elle : - Et puis tu es l’homme, tu aurais dû t’apercevoir qu’ils vendaient en été parce qu’on peut vivre qu’en été par ici... C’est mort en plus !
Lui : - Le bruit te manque déjà ?
Elle : - Au moins à Douai, on voyait des gens.
Lui : - Tu leur parlais ?
Elle : - Non, mais... Oh tu pourrais vivre dans un désert toi !
Lui : - Ah !
Elle : - Et tu avais pas dit qu’on allait déménager en février.
Lui : - C’est donc de ma faute si en février il fait le même temps qu’à Douai, Noeux-les-Mines et Wallers ?
Elle : - Faut que je me mette sur le côté... Mais de toute façon j’irai pas voir l’autre... En plus c’est un roux... Maman est folle a toujours dit qu’un roux ça peut pas être docteur...
Lui : - Tu vas quand même pas le prendre en grippe !
Elle, riant : - C’est de toi ?
Lui : - Ça changerait quoi ? L’essentiel c’est ce qu’on pense, ce que l’on dit, ce que l'on fait. Pas forcément d’être le premier à le dire, le penser ou le faire.
Elle : - Tu peux pas parler comme tout le monde !
Lui : - Oui madame, bien madame.
Elle : - Arrête ! Je sais jamais si tu plaisantes ou si c’est sérieux ce que tu dis.
Lui : - Et tu ne le sauras peut-être jamais !

Elle le fixe d’un regard de gallinacés

Elle : - Si tu es dans cet état, jeudi tu vas quand même pas aller à Astaffort ?
Lui : - Astaffort, paraît qu’on y aime les hommes forts !
(chantonnant en Jacques Brel déraillant)
Puis y’a Cabrel,
Qui a pu s’acheter un peigne
Avec ses premiers cachets
Puis y’a Richard
Avec sa grosse Jaguar
Faut vous dire madame, que chez ces gens-là, on...
(reprenant sa voix habituelle) Qu’est-ce qu’on fait chez ces gens-là ? On compte ?
Elle : - Tu verras bien... Mais arrête de te moquer, sinon tu vas pas pouvoir t’empêcher là-bas... Tu crois que tu as été sélectionné parce que tu as noté que tu venais vivre par ici ?
Lui : - Tu trouves vraiment mes chansons pas terribles ?
Elle : - Ça ressemble pas à du Cabrel. Pourquoi tu écris pas des chansons d’amour ?
Lui : - Ah !
Elle : - Magouilleurs amateurs, je vois personne chanter ça. En tout cas, Cabrel c’est pas le messie par ici, ils lui en veulent tous de rien avoir fait pour empêcher la centrale nucléaire.
Lui : - Faudra que je lui demande pourquoi... Mais je crois savoir.
Elle : - Le vieux t’a raconté ?
Lui : - Tu as déjà vu Cabrel dans une cause qui peut le fâcher avec quelqu’un ? Quand il défend une cause c’est qu’elle est consensuelle et lui permet de se faire de la pub.
Elle : - Tu crois qu’il est comme ça !
Lui : - L’inspecteur mène l’enquête.
Elle : - Je suis sûre que tu fais le fier ici mais là-bas tu vas être impressionné !
Lui : - On les nique les tristes figures.
Elle : - Je suis sûre que tu aimerais bien être à sa place... Ça te ferait quoi d’être une star ?
Lui : - Et toi, ça te ferait quoi d’être avec une star ?
Elle : - Moi, je te connais avant.
Lui : - Moi aussi, je me connais avant...
Elle : - Oui, mais les filles qui te draguent...
Lui : - Pas que les filles !... Les sourires... Avoir une cour... S’entourer de crétins... Ça donne parfois l’impression d’être intelligent... Tu crois que je deviendrais comme ça ?
Elle : - Je sais pas moi. Pourquoi tu réponds jamais aux questions ?
Lui : - Mais si j’y ai répondu...
Elle : - Maman est folle a raison, faut laisser dire les hommes.
Lui : - Si maman est folle a bavé... Au fait !... Elle le sait comment vous l’appelez ?
Elle : - Une fois le frangin entre dans ma chambre, je faisais mes devoirs, et il dit maman est folle, elle repique sa crise. J’ai pas eu le temps de l’arrêter : elle était dans la salle de bains, elle est arrivée en bondissant, un vrai kangourou, elle a poussé le frangin contre l’armoire, en hurlant « qu’est-ce que tu viens de dire, comment t’appelles ta mère », elle avait vraiment des yeux de folle... Tu devineras jamais comment j’ai sauvé la situation. Le frangin m’a acheté une barrette le samedi... Devine ce que j’ai dit...
Lui : - Tiens v’la le tube de colle.
Elle : - Je t’ai déjà raconté ?
Lui : - Mais non, qu’est-ce qui rime avec folle, tu avais le tube de colle devant les yeux... Et tu t’es crue géniale, divine, carrément phénoménale !
Elle : - Le frangin m’a dit qu’il y aurait jamais pensé.
Lui : - Oui mais ton frère... Il a fait comptabilité...
Elle : - Moi aussi...
Lui : - C’est qu’il faut croire aux miracles... Car on les nique les tristes figures.
Elle : - Tu crois vraiment qu’on va « les niquer les tristes figures » ?
Lui : - Ah ! Tu vois, tu retiens les expressions d’un film, et ça te fait une référence, ça te fait tilt quand je la replace... Tu peux en faire autant avec un livre.
Elle : - Un livre, un livre, c’est compliqué. Il y a toujours des mots que je comprends pas... Mais tu crois vraiment qu’on va « les niquer les tristes figures » ?
Lui : - Quoi ? Tu en doutes ?
Elle : - Et si les gens nous dénoncent ?
Lui : - Les gens... Qui a la conscience suffisamment tranquille ici, au point d’inviter les volatiles à venir renifler le quartier...
Elle : - Tu veux dire ?
Lui : - Que tous travaillent au noir... Et d’ailleurs, tu n’es pas la seule à être logée à titre gratuit...
Elle : - La prochaine fois, je viendrai parler avec le vieux... Il sait plus de nouvelles que la vieille... Tu as encore su des nouvelles...
Lui : - Finalement, tu aurais aimé vivre dans un coron.
Elle : - Au moins y’avait de l’animation. Donc on n’est pas les seuls, on est comme tout le monde par ici ?
Lui : - Ils magouillent par amour du fric, moi par soif de liberté, de connaissances.
Elle : - Tu crois qu’ils sont comme nous au « Boéron» ?
Lui : - Comme nous, comme nous... Eux ? Des glandeurs sans grandeur, comme il existe des révoltés sans cause... Ils ne font rien, fument des joints et croient vivre...
Elle : - Je croyais que ce matin le vieux allait te demander ce que tu fais comme métier... C’est pour ça que je suis partie.
Lui : - Assureur !... On appelle toujours monsieur le Président un ancien Président... Alors tant qu’il le faudra je me ferai appeler monsieur l’assureur... Monsieur l’assureur de l’assurance, c’est bien comme situation sociale...
Elle : - Et si l’ANPE te trouve une place ?
Lui : - Dès que je serai chanté, ils me classeront auteur de chansons...
Elle : - Alors c’est vrai, tu retravailleras jamais ?
Lui : - Tu vas finir par penser comme ta mère, que c’est pas un travail de lire et d’écrire.
Elle : - Tu sais ce qu’elle a dit, que soit tu te remettrais à travailler, soit on va crever de faim.
Lui : - Vive le sud !
Elle : - Mais moi j’ai peur qu’ils essayent de me faire travailler. Surtout maintenant que je touche le RMI. Déjà à Douai, ils voulaient que je fasse une formation. Je crois que je vais être convoquée.
Lui : - Et au boulot ! Un contrat emploi formaté ! La plus belle des caissières, pour sourire aux portefeuilles sur pattes.
Elle : - Ah ! Non ! Je veux pas travailler... Faut que tu me fasses rapidement un enfant... Puis tu m’en feras un tous les trois ans, trois fois quatre, douze, plus vingt-cinq, trente-sept. Et à trente-sept ans avec quatre enfants ils n’oseront quand même pas me faire travailler.
Lui : - On voit que tu as fait comptabilité !
Elle : - Moque-toi... Je veux pas être esclave moi, je veux pas devenir comme le frangin, maman est folle ou ta frangine... Tu m’as même dit que j’ai raison... En plus quand on travaille on est stressé, et c’est ça qui rend malade (il sourit, sourire Bouddhiste, et joint les mains).
Elle, levant les yeux : - Ça gratte.

On entend effectivement du bruit dans « le grenier », comme une meute de souris en goguette.

Lui : - Tu as bougé mes boules quies ?
Elle : - Je touche plus à tes affaires je t’ai dit... J’ai compris... Tu aurais pu faire un vieux célibataire...
Lui : - Ah, enfin, les voilà (il les a retrouvées sous son oreiller)
Elle : - Tu vois, c’est pas moi qui les a mises là.
Lui : - C’est pas toi qui as fait le lit ?
Elle : - Oh si c’est ça je le ferai plus, de toute façon c’est une niche, on peut dormir comme dans une niche...

Il la regarde d’une expression « mon Dieu ! », levant les épaules, la tête en arrière, plissant le front.

Elle : - Tu es parti en disant : « au moins je pourrai dormir sans boules quies ! »
Lui : - Ça te fait rire... Même avec des boules quies elles me réveillent ! Comment tu arrives à dormir ?
Elle : - Je les entends plus !
Lui : - Tu ressembles à ma frangine... Pourtant elle a pas grandi au bord d’une route nationale... Tu ne deviendrais pas sourde ?
Elle : - Elle rigolerait bien si elle nous voyait dormir avec un peignoir sur la tête... Tu vas lui dire qu’on a attrapé sept souris aujourd’hui.
Lui : - C’est le record ?
Elle : - Le record c’est neuf.
Lui : - Tu vois, tu t’es trouvé une occupation !
Elle : - Et même que je note vraiment tout sur le calendrier dans la « cuisine ».
Lui : - Tu notes quoi d’autre ?
Elle : - La température du matin dans « la cuisine ».
Lui : - C’est tout ?
Elle : - Les oeufs, les coups de téléphone, le temps, un bâton quand je déprime, une croix les jours où on fait l’amour.
Lui : - Tu as plus de bâtons ou de croix ?
Elle : - Tu iras voir... Si tu n’as pas peur d’attraper froid dans « ma cuisine ».
Lui : - Il vaudra cher ce calendrier quand je serai célèbre... La misère du poète.
Elle : - Je le garde !
Lui : - Déjà ! Alors, si je deviens célèbre tu vas te chercher un nègre pour raconter ma vie...
Elle : - Pourquoi, tu comptes me laisser comme une vieille chaussette ?
Lui : - Pour une starlette de la jet-set !...
Elle : - Pour moi les deux degrés dans la cuisine et pour une pouffiasse la vie de château... Ce serait dégueulasse.
Lui : - J’ai lutté avec lui !
Elle : - Ça veut dire quoi ? Pourquoi quand on parle sérieux faut toujours que tu termines par une phrase qui veut rien dire... Tu m’as jamais dit que tu veux te marier avec moi...
Lui : - Je croyais que tu étais contre le mariage...
Elle, gênée : - Oui, mais... Oh, pas aujourd’hui, le jour où on aura des enfants... Puisque tu veux des enfants de moi... Ah, zut ! Faut que je retourne aux toilettes.

Elle se lève... Et sort.

Lui : - C’est quand même fantastique le progrès ! La touche haut-parleur du téléphone est la plus grande invention depuis... la crème de marrons (il se marre)
Elle répondrait encore : ça veut dire quoi ? Je ne l’ai même pas fait exprès d’entendre les conseils de maman est folle : (imitant)
« Tu le regretteras qu’il l’a pas mis à vos deux noms la maison. Tu verras, le jour où ça ira plus, tu te retrouveras sous les ponts, tu le regretteras, et tu viendras pas pleurer ici, rien, t’auras rien. Tu m’as pas écoutée... Tu le regretteras.
Au moins tu aurais la moitié de la maison, c’est déjà quelque chose. Dépêche-toi de te faire faire un gosse puisqu’il en veut un, et mets lui la bague au doigt... Ecoute au moins mes conseils. T’as qu’à arrêter la pilule sans lui dire. Tu diras que tu l’avais oubliée pendant trois jours, tu seras pas la première, et un homme ça croit tout c’qu’on lui dit.
Et il va retravailler au moins, sa lubie est passée ?...
»

Elle n’a quand même pas tardé pour me demander de retravailler et de l’épouser !
Ma lubie !... C’est vraiment pas la vie rêvée !
Lire et écrire... Ça devrait pourtant être le bonheur...
Pas de patron, pas de gros cons... Si au moins je pouvais l’hypnotiser durant la journée ! Puisqu’elle ne fait rien et ne s’intéresse à rien ! Au moins je pourrais lire et écrire en paix.
(souriant) Laissez moi lire et écrire en paix ! Parce qu’à la radio passait « trouver quelqu’un ».
(il récite) « Trouver quelqu’un, quelqu’un de très très bien, au moins quelqu’un pour être bien. »
J’y ai vu un signe du destin ! Et je me suis dit (il récite), « je tiendrai sa main, du soir au matin, et ce sera le nirvana. »
Le sud, l’Amour, des pêches, des abricots, du melon !
Parfois ça frise le gâtisme mon romantisme !
Qui ose écrire des chansons pareilles ! Mais qui chantera (il récite avec emphase)
Après les jours câlins. L’amour c’est triste ce que ça devient. Quand on n’a pas au moins. Une passion en commun.
Faut que je le note, je vais finir par l’oublier, ça peut faire une chanson (il prend par terre une feuille et un stylo, et note).

Elle rentre...

Elle : - Tu m’écris un mot doux ?... Oh, non, c’est l’horreur, demain je vais voir ton vétérinaire... Pourquoi tu m’as pas répondu « mais non, quand je serai une star, il n’y aura toujours que toi dans mon coeur, ma chérie adorée d’amour tout plein » ?
Lui : - Je ne l’ai pas dit ?
Elle : - Dis-le au moins.
Lui : - J’aurais l’impression de me répéter.

Aussi pour changer de sujet, il prend le balai à côté du lit et frappe dans le lambris.

Elle : - Frappe pas si fort, tu vas passer au travers... En plus ça sert à rien. (on entend comme des pas au-dessus)
Lui : - Ecoute.
Elle : - Mais non, on est encore allé voir hier... C’est des souris.
Lui : - Ce sont des souris et on dirait des pas.
Elle : - Ouuuuuh !
Lui : - Arrête !
Elle : - Je te croyais pas trouillard comme ça.
Lui : - Comment des souris peuvent faire un boucan pareil ?
Elle : - Ou c’est un loir, qu’il a dit ton voisin préféré. (il regarde en direction du téléphone). Tu regardes si j’ai pas bougé ton couteau ?
Lui : - Tu as le tien ?
Elle : - Si maman est folle nous voyait ! Ou ta soeur ! Ou ta mèèère !
Lui : - Elle arrive vraiment dans un mois, maman est folle ?
Elle : - Eh oui !
Lui : - Faut que tu lui dises, c’est pas possible.
Elle : - Elle veut voir dans quel taudis tu as emmené sa fille chérie d’amour adorée pas tout plein.
Lui : - Elle peut attendre juillet... Au moins il fera beau, je vous laisserai magnifier le bon vieux temps du rock and casseroles et j’irai à la chasse aux papillons.
Elle : - Il fera peut-être beau dans un mois... Elle m’a encore dit aujourd’hui qu’il faut qu’elle voit ça.
Lui : - C’est tout ce qu’elle a bavé ?
Elle : - Bin oui, pour elle tu m’as forcée. Tu m’as droguée, on ne part pas comme ça avec un inconnu à l’autre bout du pays.
Lui, souriant : - Pas tout à fait un inconnu...
Elle : - Se connaître depuis un an, c’est pas se connaître qu’elle a dit ma grand-mère... En son temps après six mois on osait à peine s’embrasser...
Lui : - Alors Zola a tout inventé dans Germinal... Et ton oncle n’est pas né trois mois avant son mariage, à ta mère-grand ?
Elle : - Oh, je te dirai plus rien !
Lui : - Dans ces cas-là, on criait, hosanna au plus haut des cieux, un miracle...
Elle : - Enfin, pour maman est folle, c’est moi la folle... Elle trouve qu’après m’avoir emmené si loin, faut se marier, parce que les cousins croient que j’ai fugué...
Lui : - Tu veux dire un grand mariage avec même les cousins invités !
Elle : - Faudrait d’abord gagner au loto.
Lui : - Tu commences à croire que je t’ai hypnotisée.
Elle : - Je suis romantique moi, je suis une fille moi, j’ai besoin d’entendre des mots d’amour, sinon je me pose des questions.
Lui : - C’est bien de se poser des questions.
Elle : - Mais tu réponds jamais.
Lui : - Je n’ai pas dit de me poser des questions, mais de se poser des questions...
Elle : - Mais j’ai pas les réponses, moi.
Lui : - Les seules questions importantes sont celles dont les réponses sont en nous.
Elle : - Tu vois, dès qu’on parle sérieux, faut que tu dises un truc on dirait le prof de philo.
Lui : - C’est normal pour un « gourou ».
Elle : - Maman est folle m’a demandé si tu as pas des amis qui sont venus... Elle croit vraiment que tu es le gourou d’une secte. Elle peut pas croire qu’on est parti comme ça par ici parce qu’on a vu la maison en juillet. Tu vois qu’elle s’inquiète pour sa fille chérie...
Lui : - Gourou, parce qu’à vingt-cinq ans j’ai choisi de quitter le monde de l’absurde, le monde de la besogne, pour enfin me nourrir l’esprit, vivre en osmose avec mon intérieur.

Elle retrouve son regard de gallinacés.

Elle : - Parle pas comme ça quand elle sera là, sinon elle va vraiment te croire d’une secte.
Lui : - Gare au gourou ou ou ou ou !
Elle : - Oh non, fais-moi pas rire, j’ai trop mal... Et j’ai trop froid.
Lui : - Tu veux une niôle, c’est ça !
Elle : - On va finir poivrots si on boit à chaque fois qu’on a froid.
Lui : - On fera notre cure de désintoxication en été.

Il prend, derrière le téléphone, la bouteille et les deux verres...

Elle : - Si pépé me voyait boire du Cognac, j’aurais honte.
Lui : - Pourquoi, parce que tes cousins sont des alcoolos ?
Elle : - Et toi, tu n’as pas peur de finir comme ton père ?
Lui : - Quelqu’un qui boit parce qu’il ne peut pas apprivoiser ses fantômes est un malade qui refuse de se faire soigner ; quelqu’un qui boit pour ouvrir les vannes de l’imagination n’a rien compris à la création ; mais quelqu’un qui boit parce qu’il a froid, mérite le respect du public.
Elle : - Donc ça va, je bois parce que j’ai froid...
Lui : - Je ne suis pas ton psy !
Elle : - Arrête avec tes psys... Tu crois vraiment que je devrais vraiment en voir un ? Arrête, tu me fais peur.
Lui : - Dans vraiment il y a ment et comme tu l’as dit deux fois, ça fait maman.
Elle : - Vraiment ?
Lui : - Maman ment ! Tant que tu n’auras pas assumé que ta mère te déteste et que ton père s’en fout de toi...
Elle : - Tu as l’art de tout dramatiser.
Lui : - Il faut être dramatique ou comique !
Elle : - Je préfère croire que ma mère préfère mon frère et que mon père a refait sa vie.
Lui : - Tu le croiras sûrement un jour !... Crois comme tu peux ! On ne refait jamais sa vie, elle continue, tout simplement.

Ils trinquent... et boivent cul sec.

Elle : - Oh ! Ça pique !... Mais toi, comment tu as fait pour pas devenir fou avec un père pareil ?
Lui : - Ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Nietzsche... Je suis encore loin de la paix intérieure... Je suis sur le chemin... Je n’ai pas encore atteint la racine profonde qui entrave ma liberté intérieure...

Elle retrouve son regard de gallinacés.

Elle : - Est-ce que tu m’aimes vraiment ?

Il la regarde d’un air « tu poses toujours les mêmes questions. »

Elle : - Bon, de toute façon tu répondras pas... Je retourne aux toilettes.
Lui : - Qui va aux toilettes perd ma réponse !
Elle : - Alors ?... Oh non ! Faut que j’y aille.

Elle se lève... Et sort.
Lui : - Est-ce que je l’aime ? Sincèrement ! (il éteint la lampe) Déjà ça de fait ! Les faits, rien que les faits, dites je le jure (il se marre). Faut que j’arrête de me croire sur scène, je vais finir complètement mythomane... Ah ! Devenir fou pour ne pas voir la fin du film...
Bon, les faits mon psy :
Petit un : je voulais partir dans le sud.
Petit deux : mais partir seul ça fait peur.
Petit trois : elle aurait vendu son âme pour quitter maman est folle.
Petit quatre : je veux un enfant.
Petit cinq : elle veut un enfant.
Mon tout : pas étonnant que nous ayons trouvé un terrain d’entente !... Qu’on proclame « amour »...
Mais après l’amour y’a les jours !...
Quand on n’aime pas vraiment, on devrait au moins ne pas perdre l’instant.
Travailler, travailler, y’a que ça, travailler à la connaissance, à se connaître vraiment... En restant vigilant au cas où quand même !
Vigilant pour ne pas rater le regard passionné, ce regard où l’on se reconnaîtrait sans s’être jamais vu ! Comme dans une chanson !
Je suis un grand romantique malgré mes airs de vieux misogyne attardé !
Les connes me traitent de misogyne, les femmes doivent comprendre ! Et elle seule me verra comme je suis !
Il me faut travailler, m’imprégner des philosophes, des romanciers... Sinon j’aurai une vie de con !

Elle rentre...

Lui : - Déjà !
Elle : - C’était une fausse alerte...
Lui : - Qui précède toujours une double attaque !
Elle : - Arrête hein, je bouge plus. Tu pourrais allumer au moins, avec tous tes cartons je vais encore me casser la gueule.
Lui : - Mes cartons !

Elle va à tâtons... Puis s’allonge.

Elle : - T’as pas allumé !
Lui : - Je sais que tu te plains... Mais tu connais le chemin... Tiens je pourrais peut-être en faire une chanson... Elle se plaint mais elle connaît le chemin.
Elle : - T’arrêtes pas de penser à tes chansons ! C’est énervant à force ! Je t’ai manqué au moins ?
Lui : - On dort !
Elle : - T’es pas romantique. Dis-moi au moins à quoi tu pensais.
Lui : - Je comptais les points.
Elle : - Les points ?
Lui : - Perdus et gagnés.
Elle : - Tu mets quoi dans les gagnés ?
Lui : - Ne plus voir ta mère.
Elle : - Et la tienne !
Lui : - Pas en deuxième !
Elle : - Tu as trouvé un deuxième !
Lui : - Le sud en été c’est le paradis.
Elle : - Si on tient jusque là.
Lui : - Hrrra, t’es négative !
Elle : - J’ai toujours été comme ça.

Il joint les mains en signe d’abattement... Elle ne le voit pas, forcément...

Elle : - J’ai peur de m’ennuyer, tu sais, sans télé.
Lui : - On ne s’ennuie jamais quand on fait de grandes choses.
Elle : - Tu avais préparé ta phrase.
Lui : - Mais non, je l’ai empruntée à Balzac.
Elle : - C’est pas du jeu ! Tu prends les phrases des autres, comment tu veux que je sache ce que tu penses ?
Lui : - Balzac a exprimé clairement ce qui est un peu confus dans ma tête, pourquoi je me priverais. Ça sert aussi à ça les écrivains : donner des mots à nos pensées.
Elle : - Et c’est quoi, des grandes choses ?
Lui : - Il y a huit jours, faire de la poterie te tentait. Devenir la potière de Montcuq, c’est peut-être ta grande chose.
Elle : - Tu vois, tu te moques. Je te dirai plus rien.
Lui : - C’est sûr que la littérature est au-dessus de la poterie... Mais la poterie, c’est mieux que l’ennui... Peu importe le domaine finalement, l’essentiel étant de se dépasser...
Elle : - Se dépasser ?
Lui : - Dépasser notre humaine condition, tendre vers un absolu.
Elle : - C’est trop compliqué pour moi... Tu es déçu de pas avoir rencontré une intellectuelle ?
Lui : - Tu ne m’as pas déjà posé la même question hier ?... On dort...

Le rideau se ferme

Elle : - Tu m’embrasses encore quand même ?
Lui : - Tu crois que je vais réussir à me tourner ?... Ouille !

Ils s’embrassent.

Elle : - Tu essayes quand même de me faire l’amour.



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